En bon cartésien de médecin urgentiste je pensais pouvoir soulager les douleurs de n'importe lequel de mes patients, l'arsenal thérapeutique pour la prise en charge des patients douloureux étant multiple et varié, je ne m'étais jusqu'a hier jamais retrouvé en difficulté.

Je reçois un patient de 60 ans, porteur d'un neo pulmonaire avec localisations secondaires osseuses multiples, il m'est adressé par son médecin traitant (qui n'a pas réussi à contacter un seul médecin oncologue de la matinée) vers 18h00 pour prise en charge de ses douleurs, son médecin ne s'en sort pas il en est rendu à lui prescrire un patch de Durogesic 250 par 48h en association avec 2 oxynorm 80mg par jour. Le patient arrive en hurlant de douleur, gris, hyperalgique. Il est impossible de l'examiner ni de le toucher, sa femme très presente à l'air épuisée, elle pleure.

Je me plonge dans son dossier, la prise en charge de ses douleurs n'est pas abordée, l'oncologue de garde ne connaît pas le patient, à aucun moment la notion de prise en charge palliative n'est abordée. J'interroge son épouse, elle me dit que le dernier scanner était "bon", mais qu'il a été décider de stopper pour le moment les chimio.... après vérification du dernier compte rendu du scanner, il n'est pas aussi "bon" que ça, le patient présente une extension métastatique majeure avec apparition de localisations multiples vertébrales et cérébrales, MERCI les oncologues.

Le patient est perfusé, la morphine ivse est debutée je decide de commencer aprés calcul des doses qu'il prend deja avec 50mg de morphine ivse sur 6 heures avec des interdoses de 20mg en bolus. Je passerai 4h à monter les doses sans aucun résultat, la morphine n'a aucun effet, le patient supporte de moins en moins ses douleurs, devient aggressif avec tout le monde et sa femme... la seule chose qu'il veut c'est une corde pour en finir. Je rajoute de l'hypnovel à 1mg/h, des ains, de la ketamine.... rien n'y fait.

 L'infirmiére du secteur n'ose plus rentrer dans la chambre du patient, et son épouse commence elle aussi a s'impatienter et s'enerver de voir son mari souffrir autant. Le patient est dans le service depuis plus de quatre heures et a toujours aussi mal.... voir plus car il supporte de moins en moins de rester sur un brancard des urgences.

Une de mes collègue présente au Samu ce soir, pratique l'hypnose de temps en temps.... Je l'appel au cas ou... elle accepte de rencontrer mon patient.

Au bout d'une heure avec lui, le patient s'est endormi, son visage s'est apaisé, sa fréquence cardiaque a diminué de moitié. Il n'a plus mal. C'est une première expérience pour moi de l'hypnose, elle a été bien plus efficace que tous mes traitements classiques.

Cher confrère cancérologue:

1: ne pas dire que tout va bien quand le dernier scanner est catastrophique, ça finira par se savoir un jour

2: ne pas dire d'aller aux urgences quand tout commence a déconner alors que jusqu'a maintenant vous disiez au patient de venir directement dans le service de cancérologie

3: ne pas demander au medecin generaliste de prendre en charge la douleur quand vous meme n'y arrivez pas, il y a des personnes dont c'est le métier à l'hopital

4: ne pas dire a l'urgentiste à 02h00 du matin quand vous etes d'astreinte que vous ne pouvez pas l'aider car vous ne connaissez pas le patient

5: ne culpabilisez pas quand le malade ne guérit pas ce n'est pas de votre faute

ces 5 recommandations n'engage que moi.